L’Abominable au Kino Arsenal de Berlin

Carte blanche à L’Abominable au Kino Arsenal (Berlin)
les 1er et 2 septembre 2010

L’Abominable est un laboratoire auto-organisé à Paris qui met à disposition de cinéastes et d’artistes les outils nécessaires au développement, au montage et au tirage de films s8, 16 et 35 mm depuis 1996. Les adhérents peuvent venir y réaliser des travaux, une assistance leur étant fournie pour les rendre autonomes. Les archives concernant les films réalisés depuis 1996 avec l’aide de la structure est à la disposition de chercheurs ou de programmateurs.

Un site internet initié en 2005 (http://www.filmlabs.org) présente 21 labos de ce type dans une dizaine de pays — tous fondés dans les vingt dernières années pour lutter contre les évolutions du secteur avec des structures auto-organisées. L’un des labos les plus récents est celui de Berlin : LaborBerlin à Wedding existe depuis une année.

L’Abominable fait aussi partie d’un réseau (http://www.cineastes.net) qui a publié un manifeste en 2001 proposant une vision du cinéma expérimental sans nostalgie, enfermement dans un genre ou intérêt spéculatif. Les membres de ce réseau — en s’appuyant sur leur histoire — se positionnent et modèlent les changements dans le milieu culturel et artistique.

L’Abominable a préparé pour l’Arsenal un programme donnant un aperçu large de projets qui ont été réalisés avec son concours. Après le premier programme, des membres de L’Abominable et de LaborBerlin s’entretiendront avec Minze Tummescheit et Arne Hector, qui sont actuellement en train de préparer un film sur les collectifs de travail. Des invités seront présent à tous les programmes.

Stefanie Schulte-Strathaus - Kino Arsenal



PROGRAMME 1

Parties visible et invisible d’un ensemble sous tension d’Emmanuel Lefrant
2009 / 35 mm / couleur / sonore / 7’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-5833-parties-visible-et-invisible-d-un-ensemble-sous-tension.html

Fleurs noires de Baptiste Bessette
2010 / vidéo, s8 et 16mm en vidéo / couleur / sonore / 34’ / prod: Zeugma films
japonais et français avec sous-titres anglais
http://www.zeugmafilms.fr/ext/http://www.zeugmafilms.fr/pages/CATALOGUE_2010-2509605.html

Le Granier, version II d’Olivier Fouchard
2009 / 35 mm / couleur / silencieux / 17’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-6809-le-granier-version-ii.html

Ces trois films, malgré leurs différences évidentes, s’obstinent à cadrer un lieu unique, un territoire aux limites précisément définies et à le déployer dans le temps de la projection : un paysage en Afrique, un bras de rivière à Hiroshima et une montagne dans les Alpes. Il y a comme une volonté commune de percer le mystère d’un lieu, et de déplier son histoire, son archéologie ou sa généalogie. Le geste cinématographique consiste ici à révéler ce qui est de prime abord invisible. Apparaissent alors des images-archives de ces lieux, comme s’ils conservaient, enfouie dans leur sol, une mémoire de leur existence, que le travail cinématographique était à même de réveiller en nous, jusqu’aux profondeurs des temps antéhistoriques. Et dans les plis de ces mémoires semble se concentrer la même tension, entre puissances de vie et puissances de mort, entre temps de la renaissance et temps de la destruction.


PROGRAMME 2

La montagne de Lure de Mahine Rouhi
1997-2006 / 16 mm / n&b / silencieux / 8’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-4424-la-montagne-de-lure.html

Istanbul de Martine Rousset
2006 / 16 mm / couleur / sonore / 100’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-4293-istanbul.html

La montagne de Lure et Istanbul sont des lieux hautement touristiques. Mais les deux films qui portent aussi leur nom montrent absolument autre chose. Il ne s’agit pas ici de ramener des cartes postales mais de partager l’expérience physique du voyage : les gestes cinématographiques deviennent alors des moyens de transports multiples. La caméra enregistre avant tout des sensations, le souvenir sensible d’une présence aux choses qui peuplent ces lieux : de destinations privilégiées ils deviennent ainsi territoires habités. Puis le travail virtuose du refilmage des images (à la truca - tireuse optique - ou tout simplement à la maison, avec une deuxième caméra) nous met alors à notre tour en mouvement. Le travail cinématographique ne consiste alors plus à délivrer le récit d’un voyage, mais devient pur voyage en tant que tel.


PROGRAMME 3

Ami entends-tu de Nathalie Nambot
2010 / vidéo, s8 et 16mm en video / couleur / sonore / 54’ / prod : Chaya films
http://www.fidmarseille.org/dynamic/index.php?option=com_content&task=view&id=695&Itemid=62&lang=frenchrusse et français avec sous-titres anglais

Mercedes Dunavska ou l’impossible trajectoire A1 de Drazen Zanchi
2008 / 16 mm / n&b / sonore / 30’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-4899-mercedes-dunavska.html
croate avec sous-titres français et liste de dialogues

Nous voyageons vers l’Est, en Russie, puis en Croatie le long du Danube. Il y a le froid (la neige), l’obscurité (la nuit, si rare au cinéma) et des fragments de mémoire : la guerre et les récits d’hommes assassinés, déportés ou blessés. Et puis il y a l’amour. Les deux films ont surtout ceci en commun : ils jouent habilement de la continuité temporelle de la narration comme pour recoudre les ruptures des temps passés, malgré l’apparent oubli du présent. Des actes violents ont été perpétrés par des hommes sur d’autres hommes. Ces actes ont provoqué disparitions, ruptures, séparations forcées, exils contraints… : l’interruption de tant de promesses. Mais ces films rassemblent ces temps passés, désormais contigus et continus le temps de la projection. Comme si le cinéma consistait alors à recueillir les promesses d’amours passées, mais toujours vivantes, comme si derrière l’apparente indifférence du présent affleuraient, toujours actuels, les signes du sentiment les plus exigeant.


PROGRAMME 4

Schuss ! de Nicolas Rey
2005 / 16 mm / couleur / sonore / 123’ 00
http://www.lightcone.org/fr/film-4252-schuss.html
français avec sous-titres allemands

Schuss !… (en français : Tout droit !) Pourtant, le film slalome sans cesse entre différentes histoires : une histoire d’une vallée des Alpes, une histoire des sports d’hiver, une histoire de l’aluminium, une histoire des techniques du cinéma amateur, une histoire de l’Etat moderne… Et cers histoires ne cessent de se croiser, comme les pistes colorées d’une station de ski, pour prendre de la vitesse, ralentir, bifurquer, parfois s’arrêter. Il y a aussi dans Schuss ! un peu tout ce qu’on s’est amusé à trouver dans les trois autres programmes : l’obstination à cadrer un lieu et à révéler ses différentes strates temporelles, l’expérience d’un voyageur plutôt que le récit d’un touriste, ou bien encore le jeu d’une narration qui cherche à recoudre des temps passés et fragmentaires… Mais à travers l’exploration de tous c es chemins, dans l’enchevêtrement des histoires, avec une panoplie riche de gestes cinématographiques, le film finit par trouver sa route, comme si, lors de la séquence finale, il franchissait une ligne d’arrivée soudainement apparue.


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30/08/2010