L’Abominable - Séance le vendredi 29 mars à l’espace K

Bonjour,

Nous avons invité les cinéastes Olivier Fouchard et Mahine Rouhi pour cette soirée à l’espace Khiasma.

Et pour rappel, samedi 23 se tiendra la discussion à propos de l’argentique et du numérique
au Cinéma du Réel.

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VENDREDI 29 MARS À 20H30
Espace Khiasma

15 rue Chassagnolle
93 260 Les Lilas
M° Porte ou Mairie des Lilas
Entrée libre



Séance dédiée aux travaux sur pellicule (16mm) d’Olivier Fouchard et Mahine Rouhi, en leur présence

« Grands archéologues des temps, visionnaires de la lumière qui en serait le souffle, alchimistes, faisant lever en des mémoires lointaines, les troublantes traces d’une antécédence de l’image … »

Projections des films en deux parties

Tahousse, 30 mins, O. Fouchard et M. Rouhi
PTKHO, 7 mins, M. Rouhi
Fantômes, 15 mins, O. Fouchard
Encres, 9 mins, O. Fouchard
Sol, 10 mins, O. Fouchard
Tamis, 10 mins, M. Rouhi



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La liberté de nos regards est dans nos mains
M.J. Mondzain

TAHOUSSE d’Olivier Fouchard et Mahine Rouhi
est un film magnifique et nécessaire.
C’est une histoire de paysage , et l’inverse aussi pourtant.
C’est dans les Alpes , au Kurdistan ou en Tchétchénie , aussi , peut-être en filigrane ..

tout commence par un arbre bleu
- noir -
puis , des nuages raclent la terre d’une
vallée perdue - des nuages en tourbillon,
à la vitesse de la terreur
- noir -
un nuage cobalt et sale vient ronger le ciel
- noir -

des images chaotiques d’une terre en cataclysme
des images revenues des volcans d’outre-guerre.
Grain fourmillant de la plaine grise , grège.

Une silhouette minuscule marche sur la terre.
Une voix comme d’enfant invoque… “ cette
terre qui ne cesse jamais de guerre...”
-silence-
...Des guitares de Jimi Hendrix mort ...
- noir -
... des diamants de cailloux tombés .. (Stalker ?)
- noir -
Rouge-rumeur . Un arbre rouge surgi de volcan
d’avant
une femme passe -
- noir -

Le cinématographe travaillé à son corps même .
Et , la main à l’image , pour extraire du plus profond de l’émulsion ,
arracher de la noirceur du support , des images de feux splendides et
mortels.

“..car maintenant je descends en mon coeur comme dans
le fond d’une mine -”

passe l’ombre radicale de Kleist -
lumières et couleurs travaillées à corps et à coeur - images revenues
de temps très anciens ou très présents, archaïques et si contemporaines ..
il y a des lueurs atomiques , un arbre rouge sang , des terres imprégnées
de guerre

“..les avions sont en haut du ciel ..”
dit la voix comme d’enfant

Des images brutales, rugueuses, crues, portant haut un lyrisme abrupt -premier- au plus loin des raffinements vulgaires de formalismes virtuels
cependant ,
montées impeccablement en fragments secs, précis et comptés, cernés de ténèbres
en une construction sculpturale au cordeau.
L’ombre de Kleist passe encore-
Des images brutales , rugueuses et crues portant haut l’outil qui les créent , l’outil qui prolonge cette main que l’on voudrait bien nous couper, les
gestes de les faire ces images là , apparus , visibles : enrouler sur la
spire , développer , faire chauffer les bains , les sels dissous ,
sécher, tirer .. un travail de prolétaire .

...Quelques coins bleutés de rivières cachées,
de fleurs abreuvées ,
l’apaisement froid d’une eau qui va ..
- noir -
forêt à flanc de montagne - vert -
une minuscule silhouette entre dans le champ ,
et gravit la pente - elle disparaît dans la forêt -
à la fin du film , une vallée , la vallée
telle quelle - verte - vers Grenoble sans doute -
la terre aurait parlé ...
- noir -
et puis encore , à l’autre bout du monde ,
un homme laboure avec son boeuf, on voit successivement passer
leurs pieds , si légers , si lents .
Ils effleurent tout doucement la terre vive ...

Et toujours ce rythme impeccable - ces temps de séquences inexorables -
cernées de noir , toujours -

Ce film renoue avec des chemins de cinématographie originelle , et en ouvre d’autres . C’est cela son génie.
Le travail de film actuel touchant au support , procède d’une discursivité du collage ,
ou d’une picturalité abstraite , calquées sur des démarches plasticiennes convenues.
Tahousse ouvre ses chemins à revers :
il coupe à travers bois , à travers champs , sans se préoccuper des bonnes manières.
Ses images figuratives à la physique et aux matérialités chimiques signifiantes brusques et sauvages , leur composition en fragments aux temporalités sans
pathos : le temps de la matière travaillée ,
leur montage sans aucune virtuosité , mènent au plus juste ce que le cinématographe , cette invention si jeune , est d’art de l’empreinte , de la lumière et du récit.
Les cinéastes ouvrent le document, et fouillent sa matière pour en extraire la mémoire vive inscrite dans ses strates les plus profondes
le document comme gisement , et le gisement comme récit.

M. Rousset 2004

 

 

23/03/2013