Enrico Mandirola (2005)

C’est une matière enroulée en spire qui perce le temps.

Images, support d’un voyage vécu en une solitaire inquiétude, glissant sur l’écran, elles écrivent leur propre mémoire.
Un document qui parle d’un lieu, d’un souvenir, d’un sentiment.
L’espace est capturé dans le moment où il est en train de disparaître pour devenir image.
Les signes, les regards, les actions, se décomposent pour glisser sur l’écran.
Le territoire devient un prétexte pour parler de soi-même, pour raconter l’histoire de notre vie.
Le temps, les images, les sons, le rythme deviennent une abstraite et documentaire conception du mouvement et du regard.

L’outil dans les mains, les mains, la sensation de travailler une présence qui n’est que l’image du défilement du temps. Le touché et le rythme, qui s’adapte au corps, aux désirs, aux projections des fantômes.
« Le corps est un ballon qu’un enfant souffle à plein poumon… »
On ne change rien, on modèle une matière suivant une trace, on accomplit le processus commencé bien auparavant.
On découvre parfois.
Dans le détail, on retrouve les raisons d’un choix, d’un cadre, d’un certain regard. On suit la piste des signes ? De la trace ? On cherche sans arrêt, mais on laisse aussi la place aux choses de se faire, d’être ce qu’elles sont.
On travaille la deuxième génération parce qu’on a créé la première, et la troisième, la quatrième… C’est laquelle la première ? On travaille des étapes, une circularité en spirale.
On intervient physiquement, mécaniquement, répétitivement, on reproduit l’acte, l’œuvre, le mouvement, mais incroyablement à chaque fois c’est tout nouveau. Donc on ne reproduit rien, mais on observe, on vit, on partage quelques photogrammes avec l’Outil.

Le noir. Les transformations de la lumière en absence de lumière.
« Il pénètre le monde comme la pierre traverse l’eau… »
L’eau, le liquide, le mélange des éléments afin de créer la couche. Il ne s’agit pas d’enlever ou de rajouter, mais plutôt de traverser pour trouver l’équilibre. C’est le début de l’instabilité, qu’on peut, qu’on cherche à fixer, mais qui comme toutes choses, le temps, le passage, le regard, se déstabiliseront à nouveau. On n’y peut rien, c’est une limite, mais c’est aussi grâce à ça qu’on avance. Il ne s’agit pas de vouloir l’effacer, ou la dépasser, mais d’être là à tout moment de la confrontation.
Si on enlève la mort, la vie n’a plus de sens, si on atteint la perfection, on est mort.

C’est l’al-chimie du temps, c’est cela que je trouve au Labo. C’est de cela dont mes images veulent parler. Avant tout un lieu, un refuge peut-être, mais alors un refuge pour ouvrir ou s’ouvrir et non pas s’enfermer ou fermer.

Le temps n’existe plus dans ce temple du travail où l’on se confronte aux limites de la liberté ou plutôt à nos limites. C’est à nous de choisir la vitesse, 9 images par seconde, image par image, 18 image par seconde… C’est à nous de choisir l’économie. C’est à nous de choisir les couleurs. Il n’y a rien de nouveau dans l’art qu’on pratique, du moins face à l’art, peut-être face à d’autre choses… On n’a pas une « place » et on n’est pas non plus « déplacés », à moins qu’on ait envie de l’être… On touche à la liberté et c’est à nous de lui trouver son esthétique. On a l’image et sa responsabilité. Si on/je fais cela, c’est parce que ça nous parle, parce qu’on y croit, parce que j’ai envie de défendre et créer la mémoire présente d’une « génération » d’images, peu importe laquelle.