Martine Rousset (2009)

L’image de l’arbre est dans ma main ,
le bruissement des feuilles me recueille…



Les labos :  vingt ans et plus ..

une histoire , toute une histoire , ( en faite toute une histoire- maintenant )

histoire d’utopie ? résistance , persistance , obstination ..
aujourd’hui , peut être et avant tout , une histoire d’art , une poétique ,

radicale,

dans le champs de l’image argentique , de ce qu’elle est d’empreinte ,
d’en arpenter les chemins ,

contre- pied , contre courant , contre-attaque , contre- sens même ..oui oui

cette idée première :  tous les outils , tous , dans ces quelques part associatifs ,
plus ou moins improbables : caves , banlieues , campagnes , et quelques déserts ..

tous les outils possiblement dans les mains de chacun des artistes ..
c’est quand même ça la grande idée , et elle semble perdurer …

pas de plans sur la comète , en temps de guerre - quand même –

possible , possible ,

d’une économie pauvre donc ,
puisque prenant le temps de le faire , le film , seul ,
comme le faire , le livre ou le tableau,
mettant la main à la pâte , et le cœur à l’ouvrage –

tous les outils les uns après les autres ;

choisir cela,

le possible temps d’aller y voir , à ce qui se voit à mains nues ,
par les chemins optiques ,
par les chemins chimiques ,

y aller être l’ouvrier de son film ,

c’est pas à pas , que ça chemine ,
c’est extrêmement long , c’est extrêmement laborieux ,
ça s’apprend , ça s’invente aussi , tout aussi bien : qu’est ce que ça fait si
il développe une pellicule inversible dans un bain négatif ?  de l’or ?

déplier la palette , toucher à tout ,
ouvrir l’empreinte comme un livre ,
déchiffrer l’inscription ,
accéder aux temps mêlés de l’image ..

le souffle indistinct de l’image , comme jamais auparavant
dans le mutuel accueil de l’ouvrier et de son outil ,
dans cette alliance de la main et du langage ,

au lieu même où se rencontrent les temps ,
ceux du travail et ceux de l’image traversée ,

tout à coup vive ,

elle bat ..

la prégnance , la présence de la vision alors ,
par les arcanes des temps ,
la densité , pas la définition ,
le poids et le souffle , et pas la loi ,

en recul : la toute puissance du cadre - l’objet même-

un art du document ,
du document comme gisement , du gisement comme récit

un art pauvre
robuste et mémoriel ,

tout à rebours du vide légiféré des codes .


M.R. 2009