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fr:ashes_plants_principles

Le développement aux plantes cendrées est une recherche de fabrication d'un révélateur noir et blanc pour pellicule argentique (que ce soit pour la photographie ou le cinéma). Le principe élémentaire est d'associer des plantes contenant des substances capable de catalyser une réaction photochimique (telle que les genols, phenols, acides ascorbiques, acides caféiques ou de la vitamine C) avec de la cendre (qui va basifier la solution).

Les réflexions et indications qui suivent ont guidées et sont le fruit d'un travail collectif qui s'est déroulé sur deux temps de résidence à la Chapelle en Vercors (été 2020 et été 2021, d'où est issu un premier protocole et quelques recettes), ainsi qu'une série d'autres tentatives à quelques personnes ou à titre individuel (en naviguant le long d'une rivière, à l'Ecole de la Terre, au bord de la mer…).

Historique

Du caffénol aux plantes cendrées

Cette recherche part d'un autre procédé de développement photochimique alternatif, le caffenol, qui peut être réalisé avec des ingrédients facilement accessibles et économiques comme le café soluble, la vitamine C et cristaux de soude, et est souvent présenté comme “moins toxique” que les révélateurs chimiques conventionnels (D96, D97, etc.). Or, les limites du caffenol résident dans la dépendence de produits qui sont fabriqués de manière industrielle (et toxique) avec des matières (comme le café) qui viennent de très loin.

La recherche d'un révélateur aux plantes cendrées part d'une envie d'explorer des méthodes alternatives de développement qui permettent d'utiliser les matières premières et les outils à disposition et à proximité (c'est-à-dire aussi : sans passer au supermarché du coin), qui ne recourt pas à l'extractivisme ou à des traitements complexes et énérgivores.

Leur écologie et la nôtre

Cette recherche nait également d'une envie d'élaborer un cinéma qui ne dépend pas que de l’industrie, en poussant plus loin le processus d'emancipation des circuits industriels et commerciaux poursuivi depuis plusieurs décennies par les labos indépendants (du réseau filmlabs) : faire du cinéma en pellicule à travers des pratiques plus artisanales, plus économiques et plus autonomes, au sens où l'on fait un maximum par soi-même avec ce qu’il y a a portée de main, et de la manière la plus simple et la moins polluante possible. Cette recherche est complémentaire d'autres recherches du réseau, notamment celle du groupe Maddox (autour de la fabrication artisanale d'émulsion photosensible).

On n'a jamais cessé d'inventer le cinéma. Une fois de plus, il est question de rendre possible une forme de cinéma qui n’a pas pu avoir lieu historiquement : la naissance du cinéma et son expansion à échelle industrielle se sont déroulés à l'intérieur d'une logique marchande et compétitive qui se munissait des dernières avancées technologiques (de 1895 à nos jours) , et pouvait, pour la pellicule argentique, chercher parmi les produits chimiques les plus performants de son temps pour proposer des produits efficaces et standardisés : une “fenêtre invisible” cherchant à restituer fidèlement le réel. N'étant pas à l'ordre du jour des industriels, de leurs ingénieurs ou des utilisateurs de pellicule et de chimie photographique, les conséquences environnementales de ce genre de production et des différents traitements annexes ont été systématiquement refoulés.

Il ne s'agit pas ici de trouver une recette miracle pour un nouveau révélateur “écolo et efficace” qui se vendrait à prix d'or (parce qu'un tel révélateur demanderait probablement des capitaux de recherches incroyables), mais bien de façonner et de partager des pratiques qui permettent de s'approprier le cinéma autrement.

Un cinéma accessible matériellement

Une des manières de se réapproprier le cinéma en pellicule est d'en réduire le coût, tant du point de vue des matériaux utilisés (des pellicules de laboratoires plutôt que de prises de vue, trois fois moins chères) que des outils nécessaires (moins ils sont spécialisés, plus ils seront largement accessibles, de seconde main, etc.).

Des savoirs-faires conviviaux

Il s'agit aussi initialement de se baser sur des gestes manuels et familiers, dont tout le monde peut s'emparer facilement (cueillette, cuisine…), mais aussi de travailler avec des produits dont les “dechets” ne posent pas de problèmes au niveau environnemental.

Contraintes matérielles et créativité

Sur un plan plus directement artistique, c'est l'occasion de se laisser surprendre par ce que donne tel ou tel plante, ou tel bain après tant et tant de jours, etc., comme l'artisan ou l'artiste peintre qui recré son nuancier.

Des plantes et de la cendre

Des plantes comme agent réducteur

Un révélateur c’est en premier lieu un agent réducteur qui vient agir sélectivement sur les halogénures d'argent insolées (l'image latente). Pour fabriquer un révélateur, il s'agit de trouver un agent qui catalyse la réaction déjà commencée par le photon qui rencontre un halogénure d’argent lors de l'exposition à la lumière: c'est-à-dire un genol, un phenol, un acide ascorbique, un acide caféique ou de la vitamine C. Quelques recherches nous ont indiqué que des plantes (telles que l’ortie, le thé vert, le thym, la sauge, le citron, certaines algues…) contiennent ce genre de substances ( l’acide caféique ou ascorbique ou de la vitamine C, ou autres) et sont donc potentiellement en mésure de declencher la réaction qui nous tient à coeur: la revelation de l'image impressionnée sur notre pellicule. Même des elements comme le pipi ou les ronces disposent des principes actifs qui nous intéressent.

Pour les premières expériences, le choix de l'ortie est basé sur une intuition d'un ami chimiste.

La cendre comme une solution alcaline

En deuxième lieu, un révélateur doit etre alcalin, c’est-à-dire, un milieu basique, car la réaction de réduction crée aussi des acides, qui, si trop concentrées, empêchent la réduction de se produire. Il faut doncéquilibrer l'acidité en créant un milieu basique, c'est-à-dire en ajoutant d'autres ingredients aux solutions végétales qui, seules, tendent à rester trop acides et ne sont donc pas en mésure de produire la revelation de l'image.

En mesurant le pH des révélateurs conventionnels, on s'aperçoit qu'il est entre 10 et 11. Par conséquent, il est nécessaire d'ajouter dans l'infusion des plantes un element capable de rendre alcaline le produit revelateur que nous sommes en train de fabriquer. Nous trouvons un ingredient d'origine végétale et facilement accessible qui peut faire l'affaire: de la cendre! Cela peut être la cendre de votre poêle, celle d'un feu de camp ou encore celle du pizzaïolo du quartier (si vous êtes en ville et que crâmer du bois n'est pas si évident…). L'important est d'en faire une poudre fine et homogène qui sera melangé à la base liquide. Il s'agit de trouver et respecter des bonnes proportions pour obtenir un revelateur equilibré avec un PH de 10/11. D'autres experiences peuvent être testées avec une matière alternative capable de rendre alcaline la solution de developpement (l'action qui dans le caffenol est prise en charge par le bicarbonate de soude).

Voir aussi

fr/ashes_plants_principles.txt · Dernière modification: 2021/06/16 11:09 de maxime